L’abbé sait que l’abbesse aidée ne manque pas d’air.
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(Mais si l’abbé cédait, de quoi s’aiderait-il ?)
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L’abbé sait que l’abbesse aidée ne manque pas d’air.
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(Mais si l’abbé cédait, de quoi s’aiderait-il ?)
Réalisé en 1907, cette oeuvre resta longtemps dans l'atelier de l'artiste, connue de seulement de quelques amis (qui d'ailleurs ne l'appréciaient
guère - le grand Matrice ne disait-il pas lui-même que, la regardant, il avait "l'impression de boire le pétrôle de la lampe" avec laquelle elle avait été peinte en grande partie, la nuit).
Elle ne rencontra le public que dans les années 20. Ce fut à l'occasion de sa vente par un jeune marchand de tableau très scrupuleux qui avait l'habitude de faire protéger sa collection par ses
chiens (Danois, Harrier et Rothweiler). Le titre original étant assez peu vendeur, il fallu le changer. de longues recherches commencèrent, et la transformation du titre fut laborieuse. En
voici quelques extraits, tirés des archives privées d'Elie Autreop (donc le reste des aventures est d'ailleurs narré dans la Lippe du loup, >> ici) :
Le bordel de la rue d'Avinyo
Le bord d'elle de l'art eut havre et gnons
Le dors belle d'havre ignoble
Le dos rebelle de larves de pignons
Le doigt recelle l'art vigneron
Le doux art me scelle la vigne en rond
L'aide arme scelle ta vie Néron
Les dames gèlent et fine y ont
Les demoiselles d'Avignon
Les deux mous à zèle, taf et gnon
Durant le laps de temps qui sépare l'achèvement de l'oeuvre et sa vente advint un évènement majeur : la première guerre mondiale (appelée aussi l'aigre on digère, l'adhère des
derches, ou encore la guerre du cas torve des nuits). Cette boucherie marqua fortement le peintre, par sa violence et son horreur. Elle inaugurait un siècle où la destruction des
corps allait être poussée à un degré de développement et à un rythme jamais atteint dans l'histoire de l'humanité. Avec ses corps froissés, déchirés et détruits, l'horrible tableau de la rue
Ravignan, après coup, s'avérait prémonitoire, et quasi prophétique du caractère déstructuré, fragmenté, violent, de la modernité en marche. A cette occasion, le peintre prit conscience de la
très grande force créatrice de son art, qui, partant de l'expression d'un sentiment ou d'une émotion très personnelle ou intime, accéde bien souvent à une universalité ou chaque humain peut se
reconnaître.
Que se passe-t-il donc, sur cette scène de
théâtre pour ballets rosses ? Que s'y joue-t-il ?
Tout porte à croire que c'est une tragédie. Un décor froid et froissé. Des corps taillés à la hache, où les angles viennent lutter contre les angles (à la question "es-tu un ange", ces femmes
répondent "je suis un angle !"). Pointe du sein gauche de la femme du centre contre pli aigu du rideau bleu, par exemple. Ou tranche de melon hameçon (phallique ?) qui semble se ficher dans la
jambe de celle qui est en bas à droite (la courbe de son mollet reprend très parallèlement celle du melon, d'ailleurs, comme pour en doubler l'agressivité en créant avec le pli interne du genou
une autre pointe acérée).
Du regard sombre de la femme de gauche à l'oeil au beurre noir de celle du coin supérieur droit, le specateur est pris au piège de ces furies. Les deux sirènes l'accueillent, avec leur bras comme
des pinces de crabes (elles sont plus insectes - insexes ? - que femme, et leurs bras devienent des mandibules dangereuses, comme celles de la mante religieuse, cet animal qui dévore le mâle
pendant l'accouplement).
Puis c'est (après avoir goûté à l'aigreur et l'âpreté des fruits des fendues - et pris le passage qu'ils forment plastiquement (cf. chapitre "des ce cri, scions") le salut à croupe pire de ce janus bifrons féminin (mais au fond, est-on si sûr
qu'il s'agit d'une femme ?), monstreux et obscène, caché sous le masque (de (vieille) carne avale (affable - affale - affole)). Et c'est enfin la poitrine losangique plate surmontée de l'horrible
museau simiesque. Un morceau de peinture brute, brutale, sauvage.
Cet obscur objet du désir est ici également le sombre objet de la répulsion. Qui s'y frotte s'y pique, dit le proverbe. Ici, c'est l'éros, mais sans
pétale (et santé pâle), et avec toutes les épines (et les... enfin bon... hum). C'est d'ailleurs à l'époque où ce tableau est peint que Sigmu Und Fred, un couple de psy
allemands, commencent à toucher le fondement de leur recherches sur la chose sexuelle. En 1905 déjà, ils avaient publié, en réponse à un compatriote charlatan psy-lacaniste travaillant aussi en
France (à la Sale Pétaudière), leur Etroit essai sur la théorie sec sur elle, ouvrage qui fit tant parler de lui, et dont la citation
majeure est bien connue : "Hé rosse ! Tu n'as qu'os" ! Peut-être notre artiste l'avait-il déjà lu, en 1907 ?
Revenons à nos mous tons (ces fameux tons mous des Deux mous à zèle), et à nos croquis croquants, craquants et croustillants. Que
constatons-nous ? Que Pic, à l'évidence, dessine une femme, qu'à l'évidence il en simplifie les formes pour obtenir une image archaïsante et non anecdotique, et, qu'à l'évidence, il choisit, pour
représenter le féminin, les formes archétypales du masculin.
Ah ! les vits dansent !
Caisse à dire ? Tout d'abord qu'ainsi le peintre signifie clairement que son oeuvre ne concerne en aucun cas la fécondité et la maternité féminine.
Foin (et fion d'ailleurs) de cela, c'est sûr ! Mais aussi (et surtout) qu'en alliant l'idée du féminin, décliné selon les catégories du désir, aux formes du masculin, donc aux formes de la
puissance, de la force, ou même de la violence, ce n'est pas d'érotisme "soft" qu'il est question ici, mais d'érotisme "hard". De sexe. Et si on rapproche le mot sexe du mot violence, on obtient
le mot "viol".
Et ceci nous rappelle qu'Éros tailla son arc et ses flèches dans le bois de la massue d'Hercule (qui n'était pas du bois dont on fait les pipes, f'est fûr...).
Au sujet de la recherche par l'artiste de l'expression d'une sexualité violente et obscène, les pages 38 et 39 du carnet n° 42 sont d'une importance
majeure pour en comprendre la genèse. Elles montrent comment "arrive" la figure féminine la plus étrange du tableau, et la plus obscène aussi (la femme accroupie en bas à droite).
Elles montrent surtout que c'est avant tout un pur fonctionnement visuel et plastique de la part de l'artiste qui est à
l'origine de la création de ce nouveau personnage.
En effet, la page 38 (ci-dessous) porte le tout dernier croquis de femme nue de dos (qui d'ailleurs ne sera pas retenue pour la composition finale - trop pudique sans
doute).
Pertinence d'un outil : la plume.
De très nombreux croquis (et précisément ceux dont les trouvailles seront sauvegardées dans la composition finale) sont réalisés à la plume.
C'est elle qui sera utilisée lors de l'un des tout premiers croquis tentant d'organiser la composition générale du tableau.
À de
nombreuses reprises, bien-sûr, la plume est abandonnée, pour des recherches à la mine de plomb.
Elles créent un espace plus doux, plus souple, plus rond, dont finalement rien ne sera maintenu dans le tableau définitif.
La plume, donc. Cet outil de métal, très pointu et agressif, est ici travaillé très rapidement, et avec vigueur. Il va jusqu'à entamer le papier, quelques fois. Il laisse des traces incisives,
souvent raides, rudes, agressives...
La sensibilité de l'artiste l'amène très vite à saisir l'importance de ce point. L'agressivité, la violence qu'il cherche dans la thématique de son
oeuvre, il en a trouvé l'expression plastique la plus adéquate. le Bordel philosophique sera un truc en plume.
La dernière étape avant le passage à la grande toile n'est pas des moindre. En effet, comme nous venons de le voir, l'outil idéal pour l'expression de l'agressivité et de la violence du tableau,
c'est la plume.
Mais on ne remplit pas à la plume une surface de de toile de près de cinq mètre carrés aussi facilement qu'une page de carnet...
Il faut donc trouver, au pinceau et à la peinture, un équivalent visuel de ce que les croquis montraient à la plume. C'est la brosse dure qui sera le
plus souvent utilisée. Elle sera assez fortement violentée sur la toile, usée jusqu'au bois, retournée pour que le manche heurte et griffe la peinture encore fraîche...
Fameux nu - printemps-été 1907.
Saint Gland (10)
Appeau long (pour oie blanche) -
VIII°s av;-JC.
Les sept mercenaires (des mâles mous
et l'hic c'est justement ça) - Evolution du VII°s au V°s av.-JC. - Comment taire ? Ne taisons pas : Alors que tout le corps se renforce, embellit, croit, mûrit, se développe et se muscle à
l'envi, seul le sexe perdure sans amélioration (ce qui est un pléonasme : il perd dur en effet, au grand dam des dames).
Venue jusqu'à l'hippie (tu piges ?) - 30
000 bp.
Les six mères célibataires. Evolution du VII°s au V°s av.-JC. - Comment taire ? Ne taisons pas : Ni mariées, ni même mises à nu... C'est pas le grand rêve... Celle qui en a
marre prend du champ (elle part en sous bois - de biche). Les autres (sauf une) sont en avance question bras cassés !
Dans un cahier de 1906, nous trouvons ce croquis. Il n'est pas très éloigné, dans la
pose prise par la fille, et dans l'ambiance colorée, du Harem de la période rose. Il annonce également la pose des deux femmes debout dont le regard fixe le spectateur dans la tableau final, et
plus précisément celle qui est au centre (mis à part bien-sûr que celle dessinée ici a les yeux fermés).
Cahier n° 42 - pages 3, 4, 5 et 6 - 1907.
Cahier n° 42 - Feuillets libres - 1907.
Cahier n° 42 - Feuillet libre - 1907.